Biographie

J’étais étudiant en technique du bâtiment à l’Institut de Technologie Laval de Montréal lorsqu’ en 1968, je décide de partir sur le pouce en Europe avec un ami. Tout commence pour moi avec l’achat de mon premier appareil photo, un Revueflex russe. Au retour, j’essaie de développer mes premières pellicules dans la chambre noire de l’association étudiante. C’est à l’Institut que je rencontre Roger Charbonneau (GAP) et Jean Fiorito (GPP).

Après trois années à travailler comme technicien, la photographie prend de plus en plus de place dans ma vie et je quitte mon emploi en 1972 pour m’y adonner à temps plein. C’est une époque d’ébullition sociale et politique, une période de recherche identitaire. Je gravite alors autour d’un noyau d’une quinzaine de personnes duquel émergeront deux groupes de photographes, le Groupe d’action photographique (GAP) en 1972 et le Groupe des photographes populaires (GPP) en 1973, dont je fais alors partie avec Jean Fiorito, André Senécal et Marc Brosseau.

Commence une période où nous développons notre pratique du documentaire social. Nous travaillons en groupe et individuellement. C’est durant ces années que je commence le travail sur La taverne. André Senécal documente les garderies et Jean Fiorito s’intéresse à quelques familles du quartier Hochelaga-Maisonneuve. Parallèlement à mon travail sur la taverne, je documente avec Fiorito Les travailleurs de Labatt. En groupe, nous couvrons les fêtes de la Saint-Jean et les Jeux du Québec. Qu’importe si les galeries d’art de cette époque s’intéressent peu à la photographie, ce qui nous intéresse, nous, c’est rendre aux gens leurs images en exposant sur les lieux mêmes où les photos ont été prises.

Vers le milieu des années 70, les groupes se disloquent. Après quelques années de militantisme politique, je retourne à ma pratique documentaire en abordant les Travailleuses non traditionnelles. (TNT). Mon objectif se résumait ainsi :

« Mes photos veulent témoigner de la capacité des femmes d’exercer d’autres métiers que ceux de service où elles ont toujours été reléguées »

En 1985, je participe à la création du collectif Vox Populi qui organise Sans honte et sans emploi et Plein la gueule pour l’Année internationale de la jeunesse pour lesquels je joins ici un corpus intitulé Bande à part portant sur les jeunes. Le passage qui suit précise bien mes intentions d’alors :

« Je me suis intéressé à eux par sympathie, parce que je me sens encore jeune, et peut-être même par envie, car ils ont le gout du risque, le désir d’absolu, le refus de tout compromis, une rage de vivre qui se perd souvent avec l’âge. J’ai commencé en 1983 à les photographier, tout d’abord dans les lieux publics, puis dans des maisons de jeunes. En 84, le hasard des rencontres m’a amené à Verdun. Je me suis promené dans les arcades, puis j’ai fréquenté une école secondaire où j’ai rencontré un groupe de jeunes qui venait de former un orchestre « Heavy Metal ». J’ai suivi la bande pendant quelque temps. »

De 1989 à 1991, je développe le cycle des carnets de voyage avec Calepin de voyage provenant du sud: Le négal et Más allá.

Marcel Blouin commente ainsi ce travail :

« Alain Chagnon est un des rares photographes québécois à être demeuré fidèle à la tradition documentaire (…). Ses intérêts sont diversifiés, seule sa méthode de travail demeure sensiblement la même. Il a eu pour sujet: les tavernes, les jeunes, les femmes en milieu de travail non traditionnel, un petit village au Sénégal… Récemment, il s’est rendu au Nicaragua, avec liberté et curiosité,  à la manière de Walker Evans à Cuba. Pour son projet au Nicaragua, Chagnon développe le concept de calepin de voyage lui permettant d’intégrer des images documentaires à une approche narrative. »

Robert Graham saisit également avec justesse l’essence de ma démarche :

« C’est un partisan de la correspondance. Il relève les moments familiers intimes d’activités universelles et atemporelles – la préparation des aliments, l’agriculture – dans un cadre rural et vaste. Chagnon est un photographe de la vie normale. (…). Comme il avait tenté de banaliser la différence entre les hommes et les femmes dans le monde du travail, il cherche ici à supprimer l’exotisme de la rencontre et à présenter un univers avec lequel l’observateur peut s’identifier et pour lequel il ressent de l’empathie. L’Amérique latine d’Alain Chagnon met l’accent sur la ressemblance, sur le familier et le reconnaissable, sur les manières dont l’ici  et le là  se rapprochent et peuvent être reliés. »

Le projet De villes en déserts réalisé en 1998 témoigne d’une constante chez moi, le voyage comme appréhension de lieux perçus comme familiers plutôt qu’exotiques.

Maryse Pellerin y perçoit l’esprit propre à Kerouac :

« Lorsqu’un beau matin de juin de l’année 1998 Alain Chagnon se réveille en cowboy solitaire prêt à prendre la route, il sait qu’il va rouler vers un mythologique Ouest mille fois conquis. Il a la conscience du photographe – qui n’est pas celle du touriste – en train de capter des images de villes et de déserts mille fois filmés, mille fois photographiés. Il sait que son regard n’est pas vierge. Mais qu’importe si John Ford ou Depardon sont passés par là, ses photographies constitueront sa fiction personnelle, elles seront ni plus ni moins qu’un grain de sable dans l’engrenage délicat de l’appareil, une construction ou reconstruction en propre de tout le bordel loufoque, la rude terre promise, les fantastiques confins de l’Amérique, livrée sans ironie dans un désordre qui n’est qu’apparent. »

En parallèle à ces travaux individuels, j’ai poursuivi une pratique de groupe dans l’atelier photo de Vox, puis dans l’atelier Fovea. Cette pratique est souvent liée à celle de l’art public. À titre d’exemple, des affiches collées sur les murs de la ville lors du Mois de la photo (1995 et 1997) et en 2001, le Tour de Villeneuve , une exposition à l’intérieur des commerces des rues Saint-Laurent et Villeneuve.

Ma plus récente production concerne une série sur les arbres. Depuis quelques années, début avril, quand les terres ne sont pas encore dégelées et qu’arrive la fonte des neiges, je photographie les arbres inondés dans les boisés aux alentours de Montréal.

Le quartier de Griffintown retient présentement mon attention.

Biography

Everything started with the purchase of my first camera, a Russian Reviewflex.  I began working fulltime as a photographer in 1972. With Jean Fiorito and André Sénécal, I worked with the Groupe des photographes populaires (GPP). It was the beginning of a period dedicated to social documentary. We worked both as a collective and individually. La taverne took shape during those years. At the same time, I documented Les travailleurs de Labatt with Jean Fiorito. The Quebec Games and the Saint-Jean celebrations also mobilized us. Our purpose was to give people back  their images on the spot where they were taken.

Middle of the seventies: many groups vanished. After a few years of political commitment, I went back to my practice as a documentary photographer with Travaileuses non traditionnelles (TNT) in order to show how women are able to work in other spheres than the ones to which they have been confined.

In 1984, with other photographers I produced Sans honte et sans emploi, an exhibition organized by a collective of unemployed youths of Saint-Louis-du-Parc.

Following this exhibition, some artists created another collective called Vox Populi. We were responsible for putting together Plein la gueule for International Youth Year  held in 1985. My contribution to this exhibition is called Bande à part. I then felt a strong sympathy for youngsters, partially because I felt young myself and also because I envied their taste for risk, absolute desire, refusal of any compromises, an urgency for living with intensity, something that is often lost as we grow older.

Between 1989 and 1991, a new cycle was devoted to  my « Traveler’s Notebooks » with Calepin de voyage provenant du sud: le négal and Más allá.

My project De villes en déserts, created in 1998, reveals my continuous interest, while travelling, for the search of what the eye may seem as familiar rather than exotic.

Parallel to these individual projects, I never interrupted my practice with a collective group of photographers. Vox Workshop and Fovea Workshop gave me the possibility toestablish a link between my work and public art. For example, posters were glued to the walls of the city during the Month of Photography (1995 and 1997) and in 2001, Tour de Villeneuve was an exhibition inside some shops on Saint-Laurent and Villeneuve streets in Montreal.

My most recent production is a series of photographs on nature, L’arbre réfléchit (2006-2013) in which no human presence can be found. For many years, at the beginning of April, when the ground still frozen and when comes the thaw, I take pictures of flooded trees in the woody countryside around Montreal.

Work in progress : Griffintown Neighbourhood